L’été est arrivé : comme un bon génie qui sort de sa boîte, il a répandu la chaleur et décuplé les parfums, les odeurs et la lumière…
J’ai pris mes quartiers d’été sur le couvre-lit de mes maîtres, délicieusement frais… Fort judicieusement, je me trouve à la croisée de plusieurs courants d’air, qui doucement me bercent et s’enroulent autour de moi, tandis que je fais sans fin la sieste …
Au creux du couvre-lit, saoulé de grand air et de soleil sans même lever la patte, ni bouger une moustache, je me balance en imagination dans un hamac tissé de brise et de frais murmures…
Personne ne la voit, ma barcarole de courants d’air, et pourtant je m’y laisse bercer toute la journée… Même les oiseaux, qui chantent à qui mieux mieux, ne me dérangent plus… Je suis sourd, je suis muet, je suis immobile, je ne suis plus que sieste et voluptueuse détente…
Le vent court sur ma fourrure et me rafraîchit jusqu’à la pointe des oreilles…
Evidemment, rien n’est parfait: le bruit soudain d’une tondeuse retentit pendant ma sieste… Sur notre pelouse, un grand gars muni d’oreillettes s’attaque à l’herbe tendre et à mes pâquerettes qui ne lui ont rien fait… Il y a à peine quinze jours, il avait déjà tout tondu. Mais les pluies de cette dernière semaine ont fait surgir un nouveau tapis frais et vert, piqué de fleurs blanches…
Notre tortionnaire de pâquerettes se met vaillamment à l’ouvrage… Avec ardeur, il coupe tout ce qui dépasse, tout ce qui est différent, laissant derrière lui une désolation tondue de près… J’ai le coeur serré…
Puis je souris dans mes moustaches: je vais me passer la patte derrière l’oreille ce soir et faire pleuvoir… Mes pâquerettes refleuriront!






